Escuela Popular Latinoamericana de CINE, TV y Teatro

Ecole Populaire Latino-Américaine de Cinéma, Télé et Théâtre

L'EPLACITE ne date pas d'hier ! Elle a été fondée en 1995, à Maracay dans l'Etat de Aragua au Venezuela. Et son origine est plus ancienne encore puisqu'elle remonte aux années 86-88 quand Mariana Yonúsg Blanco - militante féministe Vénézuelienne - et Thierry Deronne - journaliste politique et social Belge - se sont rencontrés au Nicaragua pendnat la révolution sandiniste. Mariana étrait impliquée dans l'insurrection lorsque Thierry menait des ateliers vidéo avec les enfants des communautés paysannes et indigènes. Plusieurs autres personnes (animateur socio-culturels, acteurs, etc.) se joignent à eux lorsqu'ils se retrouvent à Maracay au Vénézuela en 1994. L'école populaire de cinéma naît et prend progressivement de l'ampleur à partir de ce moment là sous la forme d'un média communautaire.

Dans les années qui suivent et jusqu'à aujourd'hui, EPLACITE a donné des ateliers de formation à de nombreux médias communautaires mais a aussi appris de toutes les initiatives collectives croisées au Vénézuela et sur le reste du continent Sud-Américain. Aujourd'hui, l'école peut proposer aux collectifs populaires qui le souhaitent une grande variété d'ateliers, à la fois sur des connaissances complètes en cinéma et en théâtre, mais aussi dans d'autres domaines tels que l'Histoire d'Amérique Latine, l'économie, la philosophie, la sociologie, la littérature, la musique, etc.

Pour les hispanophones, le site de l'école populaire regorge de textes et de documents utiles à la compréhension du contexte latino-américain en ce qui concerne les médias dominants et les médias populaires et des réflexions pratiques sur l'élaboration d'ateliers de formation et sur les processus de réalisations collectives.

EPLACITE est une école populaire pour des cinéastes populaires qui oeuvrent pour une révolution audiovisuelle.

Ce projet nous intéresse particulièrement pour le Doctorat Sauvage en Média Libre car il pose les questions de la transmission concrête des savoirs faire et de la pratique d'un cinéma libre ayant pour vocation la transformation sociale. Il nous donne aussi à voir comment le peuple se réapproprie le récit de sa propre histoire. Dans cette expérimentation au long cours nous pouvons trouver des enseignements, des idées et un terrain d'alliance.

Pour cela nous prévoyons de recevoir Thierry Deronne en mars 2017 dans le cadre d'une rencontre-atelier du DSML. Nous parlerons ensemble des expériences engrangées au sein de l'EPLACITE et penserons les conditions de réalisation d'un média populaire ouvert.

En attendant, vous pouvez soutenir le projet de l'EPLACITE en participant à un crowfounding kisskissbankbank.

Voici un manifeste pour une 'télévision de nouveau type' écrit Par Thierry Deronne et ayant accompagné la création de la télévision communautaire Teletambores à Maracay au Venezuela.

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Les propositions de Teletambores
(télé associative, dans la banlieue de Caracas , au Venezuela)

 

Propos de Thierry Deronne

Propositions pour une télé libre :

1 Contre la déïfication des marchandises: voir ceux qui la produisent. Contre l’invisibilité des travailleurs: entrer dans les lieux de travail partout ou la caméra reste interdite.

 

2 Contre le découpage du réel en thèmes de documentaires et en grilles de programmes: se préoccuper d’abord de l’unité en mouvement du réel  et de ce qu’il nous dit à chaque instant.

 

3 Explorer les autres dimensions d’un conflit, d’une lutte. Contre la division du secteur populaire: renforcer leurs liens de solidarité en montrant leurs intérêts communs.

 

4 Contre l’information ponctuelle et sans lendemain: développer le droit de suite.

 

5 Contre l’ambiance répressive: refaire le lien entre nous, vaincre notre peur à sortir de chez nous, réoccuper la rue.

 

6 Au lieu de couper la parole: écouter les solutions qu’apportent les gens, les réunir et les comparer. Ecouter la mémoire de la lutte populaire. Au lieu de noyer les gens dans le silence: déchirer ce silence.

 

7 Au lieu d’exporter des miss et du pétrole: exporter des sentiments. Au lieu de faire des images de la misère, montrer des images de gens luttant contre la misère.

 

8 Arracher  la culture populaire  au musée du folklore, entendre ces messages de changement, ces forces de libération. Contre l’ordre fait nature: chercher les questions qui font trembler  sa mise en scène.

 

9 Voir comment s’écoule le temps de la vie, loin de la course contre le temps,, retrouver le temps comme matière première des images.

 

10. Contre l’américanisation: décoloniser les images, par exemple, ré-apprendre à suggérer l’amour  au lieu de le montrer.

 

11 Contre la violence faite à la femme, rendre la femme visible.

 

 

Une méthode :

 

Filmer pas à pas, dans la rue, là où se déroule la vie, là où peut se nouer la participation, de rue en rue, de quartiers en quartiers. Les liens entre les êtres et les choses, se sont les gens qui les désignent. La matière première, c’est la discussion avec les gens, l’instinct de solidarité. Refuser de centrer l’image c’est penser qu’un regard renvoie toujours  à un autre, que rien n’est fixé d’avance.

 

Faire ensemble une télévision, c’est un mouvement d’organisation. Voir c’est s’organiser, se mobiliser, dialoguer.

 

Lentement s’approcher des gens,  rompre la distance, c’est  rompre la peur de s’unir, la peur de la liberté. Ce n’est plus le documentaire comme marchandise thématique. C’est le point de vue né de la discussion et des expériences de tous. Ainsi comme le documentaire a joué un rôle d’innovation par rapport au cinéma, la télévision libre peut réveiller   le langage à son tour.

 

Au fond la télévision libre ne devrait pas être un renversement systématique de la télévision dominante, mais la découverte de résistances qui viennent de partout, pour les réunir et les renforcer. Telle serait la tache, par excellence de la télévision libre. S’appuyer sur les éléments les plus progressistes de la culture populaire, pour les multiplier, leur donner une résonnasse majeure, et enraciner lentement une nouvelle forme de vie.

 

La télévision est un rêve éveillé, un rêve en mouvement, qui en entraîne d’autres, un rêve qui emporterait  chacun au-delà de soi, vers un soi qui s’appelle Coumbe, "terre libre".

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